Bonifacio, au fil de l'eau douce Produit

Bonifacio, au fil de l’eau douce

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L’eau ! Source du génie humain

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Description

Malgré bien des qualités, Bonifacio n’est pas pour autant connue pour ses richesses hydriques. C’est même le contraire. Dans cet ouvrage, Sébastien Santoni fait tomber d’emblée la sentence : « L’Extrême-Sud de la Corse est une des régions les moins favorisées du point de vue des ressources en eau. » Les étés très chauds, la fréquence des vents, la pluviométrie la plus basse de Corse et l’absence de cours d’eau importants en font une zone marquée par l’aridité des lieux. Et l’implantation de la haute ville n’y échappe pas, tant s’en faut : la citadelle est sise sur une presqu’île totalement dépourvue de point d’eau douce si l’on excepte U puzzu San Bartolu (le puits de Saint Barthélémy). 

Pourtant ce site, ce promontoire aride, est habité depuis le début de l’aventure humaine en Corse et en deviendra la première cité dans l’histoire. Depuis des siècles sa population oscille entre 3 000 et 5 000 habitants. Alors comment ce rocher a-t-il résolu la problématique première de toute communauté sédentarisée, l’eau ? 

Toutes proportions gardées, je pense alors à la cité antique de Petra, carrefour commercial dans le désert. La cité des Nabatéens, belle et prospère, a abrité jusqu’à 20 000 habitants grâce à un acheminement génial des eaux pluviales environnantes et un stockage par des citernes géantes souterraines. Il y a 2 000 ans les hommes savaient créer des villes dans le désert grâce à leur génie ! 

Et je lis Gaël Brkojewitsch et Pascal Neaud, parlant du site romain de Piantarella : « La question qui reste ouverte, et qui n’a toujours pas trouvé de réponse malgré les recherches récentes, est celle de l’alimentation en eau douce. Plusieurs hypothèses sont envisageables. L’eau de pluie pourrait avoir été récoltée pour alimenter des réserves… On imagine que l’acheminement se faisait par l’ouest, depuis les terres et tout porte à penser qu’un petit aqueduc aérien ou un système de gouttière permettait de répondre aux besoins en eaux » ou encore, plus haut dans l’histoire, dans le texte de Raphaëlle Davin : « l’histoire du littoral bonifacien a contraint les puissances successives à développer des trésors d’ingéniosité pour permettre à la population locale d’avoir accès à l’eau, même en période de siège. » Donc Bonifacio, aride oui, mais, nous dit Patrick Ferreira : « Cette faiblesse n’a en effet pas arrêté les bâtisseurs qui ont conçu un système de gestion de l’eau suffisamment ingénieux et efficace pour qu’il soit utilisé sur le long terme. » 

L’acheminement et la conservation de l’eau qui nous tombe du ciel sont ici encore le fruit du génie des hommes. En fait, les géologues nous montrent bien la présence de l’eau. Mais ici, elle se mérite. 

Dans sa grande dévotion, Bonifacio répond depuis la nuit des temps au fameux « aide-toi et le ciel t’aidera ». 

Et à ce titre, elle est sans doute la plus ingénieuse de Corse par sa nature et par sa culture. Car la presqu’île, devenue préside génois, est à l’état de nature un grand impluvium de quelques hectares. Un peu comme notre vaste causse (u piali) qui constitue aussi une vraie richesse hydrogéologique en sous-sol. Encore faut-il en recueillir la précieuse ondée avant qu’elle ne se déverse en mer et savoir la conserver à l’abri de la photosynthèse. 

C’est ainsi que l’on a l’idée d’aller chercher l’eau dans la nappe du puits de Saint Barthélémy. C’est ainsi que les toits rendent leur eau à des citernes par les magnifiques arcs-boutants qui sont autant de gouttières et que la cité, par un habile système de canalisations et de citernes, est un immense réservoir de milliers de mètres cubes. Quelle église, quel édifice ou quelle tour n’a pas sa réserve souterraine ? Ajoutons encore le plus vieil égout de Corse dit « égout génois » que l’on a mis aujourd’hui au regard des visiteurs ici et là. 

Tout cela donne un magnifique génie architectural que l’on trouve aussi dans la campagne par un ensemble de sources aménagées, de canalisations (dans la vallée de Saint Julien) ou de fontaines. 

Aurais-je besoin de préciser que le choix du thème de l’eau est plus que judicieux pour les Journées du patrimoine ?

Il reste donc, en ce sens, à remercier l’ensemble des contributeurs sous la houlette de notre amie Émilie Tomas pour cet ensemble de textes qui font suite à la magnifique exposition 2021.

Jean-Charles Orsucci

 Maire de Bonifacio

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