Jeudi 15 mai, la Commune de Bonifacio a eu le plaisir de recevoir une délégation d’élèves du Lycée Jean-Paul de Rocca Serra de Porto-Vecchio, accompagnés de lycéens du lycée d’Eindhoven (Pays-Bas), dans le cadre d’un programme d’échange européen soutenu par Erasmus+.
Ce programme, piloté par deux enseignants du lycée de Porto-Vecchio, Grégory Richard (histoire-géographie) et Mélanie Lozano (anglais), vise à interroger les jeunes sur le sentiment d’appartenance à la citoyenneté européenne en fonction de la distance aux institutions. L’échange a réuni 14 lycéens corses et 10 lycéens néerlandais autour d’un projet pédagogique ambitieux. L’objectif : comprendre comment se vit l’Union européenne dans deux territoires très différents — la Corse et les Pays-Bas — à travers l’immersion, le débat et l’analyse des politiques publiques locales.
En première partie d’année, les élèves corses ont été accueillis aux Pays-Bas pour une immersion dans le système scolaire néerlandais. Ils ont vécu dans des familles, visité le Parlement européen à Bruxelles, échangé avec la députée néerlandaise Anna Stolmberg, et participé à des débats citoyens à Eindhoven. Le second temps de l’échange, organisé cette semaine en Corse, a permis d’explorer les dimensions culturelles et patrimoniales de l’Europe. Les élèves ont été accueillis à l’Assemblée de Corse à Ajaccio pour une simulation de session de parlementaire, et réaliseront des visites de Porto-Vecchio et de Bonifacio, pour lier leurs exploration du patrimoine local à l’étude de projets financés par l’Union européenne.
En Mairie, une rencontre axée sur l’action concrète de l’UE à Bonifacio
L’accueil officiel en Mairie a été assuré par Patrick Tafani, deuxième adjoint en charge notamment de l’urbanisme et donc de l’aménagement du territoire, Marc Rocca Serra, Directeur Général des Services. C’est ce dernier qui a expliqué aux élèves en quoi l’Union européenne joue un rôle central dans l’aménagement et la structuration des territoires — notamment dans les communes insulaires comme Bonifacio. À ce titre, le DGS, en tant que chef de l’administration municipale, interagit au quotidien avec les réglementations européennes, coordonne les demandes de subventions, et s’assure du bon usage des fonds communautaires. Il a ainsi pu expliquer comment l’’UE est un partenaire essentiel du développement local, qu’il s’agisse d’environnement, de patrimoine, d’emploi ou de mobilité.
À titre personnel, Marc Rocca Serra a partagé avec les élèves une réflexion sur la place croissante de l’Europe dans la vie quotidienne.
« Vous êtes nés dans l’Union européenne, leur a-t-il dit, mais ce n’était pas le cas de ma génération. Pour moi, c’est à l’âge de 20 ans que la libre circulation a été instaurée. Dix ans plus tard, la monnaie unique est arrivée. Ces deux avancées ont bouleversé Bonifacio. »
Bonifacio, longtemps enclavée et économiquement fragile, a pu se transformer grâce à l’ouverture européenne : accueil facilité des visiteurs et des transactions économiques, attractivité renforcée, développement de l’emploi local… Autant d’opportunités rendues possibles par l’ancrage européen.
Bonifacio, territoire le plus méridional de France métropolitaine, au cœur de l’Europe
Située à l’extrême sud de la France métropolitaine, Bonifacio est géographiquement éloignée des institutions européennes. Pourtant, l’Europe agit quotidiennement dans la vie des Bonifaciens, démontrant que la citoyenneté européenne transcende les distances géographiques.
Si hier, l’Europe était synonyme de libre circulation, elle s’incarne aujourd’hui dans des valeurs de protection environnementales. Et Bonifacio est particulièrement concernée par ces questions. En effet, la ville est au cœur de la Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, qui s’étend sur environ 80 000 hectares entre la Corse et la Sardaigne, ce qui en fait la plus grande réserve naturelle de France métropolitaine. Cette réserve abrite 37 % des espèces remarquables de la Méditerranée, soulignant son importance écologique exceptionnelle. Comme plusieurs sites bonifaciens, la réserve est intégrée au réseau Natura 2000, une initiative européenne visant à préserver les habitats naturels et les espèces menacées. Cette reconnaissance européenne permet à Bonifacio de bénéficier de financements et de mesures de protection spécifiques, renforçant ainsi la préservation de son environnement unique.
La pêche à Bonifacio : un métier historique et un patrimoine à préserver
À Bonifacio, la mer est au cœur de l’identité locale. Pendant des générations, les Bonifaciens ont vécu principalement de la pêche, qui constituait l’activité économique principale avant l’essor du tourisme. Grâce à la richesse des eaux entre la Corse et la Sardaigne, une pêche artisanale s’est développée, centrée sur des espèces comme la langouste, le rouget ou la dorade. La prud’homie de Bonifacio, la plus importante de Corse, continue de réguler la profession, en conciliant exploitation raisonnée et transmission des savoirs. La pêche y est aussi un pilier culturel : rituels, récits, outils et embarcations traditionnelles témoignent d’un lien profond entre les habitants et la mer.
Mais aujourd’hui, ce métier est en danger : réglementation complexe, coût du matériel, pénibilité, désintérêt des jeunes. Le nombre de pêcheurs diminue, menaçant une activité patrimoniale précieuse. Pour y répondre, l’Europe s’est engagée aux côtés de Bonifacio, notamment par la création de la Maison des Pêcheurs, un lieu fonctionnel et emblématique, financé avec l’aide du FEAMP. Cet espace a permis de structurer la profession, valoriser les savoir-faire et renforcer l’attractivité du métier.
La zone artisanale de Musella : un levier de développement soutenu par l’Europe
À Bonifacio, développer une activité artisanale locale peut constituer un défi. Sur un territoire où le foncier est rare et cher, l’installation durable de petites entreprises était longtemps freinée par le coût d’accès au sol.
C’est dans ce contexte qu’a été aménagée la zone artisanale de Musella, avec le soutien déterminant de l’Union européenne. Grâce aux fonds européens, la Commune a pu aménager cet espace dédié à l’activité économique, et surtout proposer des terrains à des prix accessibles, permettant à des artisans, commerçants et entrepreneurs de s’installer, d’investir et de créer de l’emploi local. Cette zone permet aussi aux jeunes du territoire de se projeter dans une activité indépendante, sans être contraints de quitter la commune pour entreprendre.
« Rifemu u Paese » : réhabiliter la Haute-Ville tout en respectant son âme
Bonifacio est la plus ancienne ville de Corse, fondée en l’an 800. Marquée par les influences génoises, françaises et méditerranéennes, elle porte dans ses murs plusieurs siècles d’histoire. Mais cette richesse patrimoniale rend aussi la ville difficile à vivre au quotidien : ruelles étroites, réseaux vétustes, logements anciens, circulation complexe.
Habiter une ville aussi ancienne de manière moderne — avec eau courante, électricité, internet, stationnement — relevait d’un véritable défi. C’est pourquoi la commune, avec le soutien de l’Union européenne, a lancé le grand programme de réhabilitation « Rifemu u Paese », visant à restaurer en profondeur la Haute-Ville tout en préservant son caractère unique.
Ce chantier global a permis :
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la reprise complète des réseaux d’assainissement, d’eau potable et d’électricité,
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l’enfouissement des câbles,
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l’amélioration de l’accessibilité,
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la réfection des rues en pierre,
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l’installation de lanternes patrimoniales,
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le déploiement du Wi-Fi public,
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la restauration de plusieurs églises et éléments du patrimoine.
Grâce à un investissement total de 10 millions d’euros — dont 2 millions financés par l’Union européenne — la Haute-Ville a retrouvé sa fonction première : celle d’un lieu de vie.
Ce projet a permis aux Bonifaciens de réinvestir leur ville, d’y habiter dignement tout en renforçant son attractivité culturelle et touristique. C’est un exemple concret de l’action européenne en faveur des territoires anciens, conciliant respect du patrimoine et modernité.
Une invitation à l’engagement
Enfin, cette rencontre a été l’occasion de rappeler que l’Europe ne va pas de soi. Après 80 années de paix, dans un contexte géopolitique instable, la solidarité européenne est précieuse.
« Si des puissances comme la Russie ou les États-Unis la combattent, c’est parce qu’elle compte », a conclu Marc Rocca Serra.
Et de lancer un appel :
« La première façon de défendre l’Europe, c’est de voter. »
À Bonifacio comme ailleurs, il est essentiel que les collectivités locales prennent part activement à la transmission des valeurs européennes et à la compréhension de leur fonctionnement. Car si l’Europe finance, protège, et structure une partie de notre quotidien, encore faut-il que ses actions soient visibles, expliquées, et incarnées dans la vie locale.
C’est toute la vocation de rencontres comme celle-ci, qui permettent aux jeunes de mieux saisir ce que l’Europe fait pour eux, ici, à Bonifacio, au sein même de leur environnement, de leur patrimoine et de leur avenir professionnel. La Commune était fière d’accueillir cette délégation d’élèves néerlandais et corses, qui représentent la jeunesse d’un continent uni par des principes de paix, de solidarité et d’ouverture.




