À Bonifacio, la sécurisation de la ressource en eau est une priorité. Après l’inauguration de la nouvelle usine de potabilisation et la réfection des réseaux, la commune a développé un dispositif pionnier de réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Depuis 2023, ce système alimente le golf de Sperone.
Ces actions s’inscrivent dans une politique globale de gestion durable de l’eau, déjà saluée lors de rencontres internationales, notamment lors de la COP23 en Slovénie et à l’occasion des Rencontres de Bonifacio, où la commune a présenté ses solutions innovantes dans divers secteurs.
C’est dans ce contexte et à la demande du Conseil régional d’Obock et de l’association Horizons Solidarités que la commune de Bonifacio a été sollicitée pour participer à un projet de coopération décentralisée.
L’objectif est clair : partager une expérience acquise au fil des années et contribuer à une dynamique locale déjà engagée à Djibouti.
« Nous savons combien le retour d’expérience d’autres territoires a été précieux pour Bonifacio, notamment sur la réutilisation des eaux usées traitées. Il est naturel, aujourd’hui, de répondre à cette invitation et d’apporter à notre tour des éléments concrets qui pourront être adaptés au contexte local », souligne Chrystelle Longuet-Milleliri, Directrice Générale Adjointe et Directrice des Services Techniques de la Commune.
Première mission à Obock : constats partagés et expertises croisées
Du 15 au 21 juin 2025, une première mission d’évaluation a eu lieu à Obock (Djibouti), en partenariat avec le Conseil régional, l’association Horizons Solidarités et l’Université de Djibouti.
La délégation comprenait :
- Denis Lopez, adjoint au maire en charge de la quotidienneté, des réseaux et de la voirie,
- Chrystelle Longuet-Milleliri, Directrice Générale Adjointe et Directrice des Services Techniques,
- Robert Andrei, Président d’Horizons Solidarités,
- Deux bénévoles experts de l’association : Jérôme Guelain, médecin épidémiologiste, et Michel Serano, ingénieur en gestion de l’eau,
- Ainsi que des enseignants-chercheurs de l’Université de Djibouti
Les expertises mobilisées, coordonnées par Horizons Solidarités, ont considérablement enrichi le diagnostic établi sur place. Jérôme Guelain a mis en évidence les risques sanitaires graves liés à la consommation d’une eau non protégée, en soulignant la fréquence des maladies hydriques observées dans les villages visités. Michel Serano a, pour sa part, insisté sur les faiblesses structurelles des infrastructures : réseaux vétustes, panneaux solaires mal orientés, forages en panne et absence de maintenance préventive
Enfin, la Directrice des Services Techniques de Bonifacio a rappelé combien il était crucial de renforcer la gouvernance technique locale et de développer des compétences de terrain, en particulier par la formation des gardiens de puits et l’organisation durable de la maintenance.
La mission a aussi permis de tisser des liens étroits avec les institutions locales (Conseil régional, Préfecture, ministères de la Santé, de la Décentralisation et de l’Agriculture, ONEAD) et d’engager un dialogue direct avec les habitants.
La délégation a été marquée par l’hospitalité et les témoignages de la vie quotidienne des hôtes dans un territoire sous tension hydrique. Ces échanges, particulièrement enrichissants, ont mis en lumière la solidarité déjà à l’œuvre à Obock, où l’eau est rare, précieuse et partagée, y compris avec les migrants. La délégation n’avait pas vocation à agir à la place des acteurs locaux : elle est venue pour constater, écouter et contribuer à nourrir des réflexions et des pistes d’action, dans le respect des dynamiques existantes.
Ce travail d’observation et d’échange a permis de dresser un tableau précis des difficultés : des pénuries chroniques atteignant jusqu’à dix-neuf jours consécutifs sans eau dans certains quartiers, des infrastructures fragiles ou hors service, une pression migratoire intense avec près de 17 000 passages mensuels pour une population locale d’environ 45 000 habitants, et des situations sanitaires préoccupantes autour de puits utilisés à la fois pour la consommation et l’hygiène.
De ce constat partagé, quatre priorités se dégagent : renforcer la surveillance sanitaire, accélérer la réparation des pannes, augmenter la capacité de production et assurer un financement pérenne du service de l’eau.
« Le stress hydrique que nous avons constaté à Obock est impressionnant, sans commune mesure avec notre situation actuelle à Bonifacio… mais c’est peut-être celle que nous connaîtrons un jour. Là-bas, l’eau est rare, précieuse, et partagée, y compris avec les migrants. Cette mission nous rappelle que la gestion durable de la ressource est un défi global », souligne Denis Lopez.
Vers un plan d’action partagé : le calendrier des prochaines étapes
À la suite de cette première mission d’évaluation, une deuxième mission est programmée début 2026. Elle permettra, avec les autorités locales et l’ensemble des partenaires, d’élaborer un plan d’action pluriannuel assorti d’un chiffrage précis et de pistes de financement.
Cette étape marquera l’entrée dans une nouvelle phase de la coopération : de l’observation et du diagnostic, la démarche passera à la planification concertée des actions concrètes à mener sur le territoire d’Obock.
Coopération scientifique et transfert de savoirs
La coopération associe étroitement l’Université de Djibouti et l’Université de Corse. Dès 2026, un étudiant djiboutien de l’université de corse, devrait être accueilli à Djibouti pour un stage de recherche appliquée, avec un retour sur le terrain à Obock. Ce dispositif favorise le transfert de compétences et prépare une nouvelle génération de cadres formés à la gestion durable de l’eau.
Un engagement solidaire et collectif
L’expérience de Bonifacio illustre une conviction forte : la gestion de l’eau est un défi global qui appelle des réponses locales, partagées et solidaires.
La commune, ses élus, ses services techniques, les bénévoles engagés d’Horizons Solidarités et les chercheurs universitaires associent leurs forces pour répondre, aux côtés des autorités d’Obock, à un enjeu vital : garantir l’accès à une eau sûre et durable pour tous.