Le vaste corpus de 100 tours côtières, édifié sous la domination génoise à partir de 1524, s’achève par l’ultime construction de deux tours à la Sponsaglia et à Santa Manza. C’est donc à proximité de Bonifacio que la 100ème tour génoise de Corse fut érigée en 1620, à seulement 9 kilomètres de ce qui fut par ailleurs le premier préside génois établi en Corse.
Au fil d’un siècle d’édification, l’ensemble des tours de l’île ont développé une forte diversité architecturale et l’implication de nombreux maitres d’œuvre. Toutefois dès les années 1580, la mise en place d’une construction en série apparaît dans les Trois pievi de l’Ornanu, Cavru et Taravu. Héritières de ces expériences les deux dernières tours érigées à Bonifacio se caractérisent par une troublante ressemblance, induite par le dessin systématique proposé par le maître Taddeo Cantone.
Cette architecture côtière s’allie au dispositif turriforme également implanté en Sardaigne avec pour interface les Bouches de Bonifacio. La correspondance entre les tours de la République génoise et celles du Royaume d’Aragon met en évidence l’unité des enjeux insulaires face aux ennemis communs issus de la piraterie.
Bien que la genèse des tours côtières semble résulter de la recrudescence généralisée de la piraterie en méditerranée, la chronologie d’édification met en évidence une multitude de phénomènes davantage localisés voire individuels. En réalité, les tours côtières répondent à divers enjeux le plus souvent orientés vers le développement économique d’une région et même les intérêts de la Métropole.
Tantôt réclamées par les populations locales, tantôt appuyées par une stratégie d’occupation génoise, les tours peuvent même traduire des intérêts individuels comme celui des corailleurs ligures. Pourtant, après l’ultime construction de Santa Manza, les nombreuses tours seront subséquemment perçues comme un vaste projet unitaire et l’idée d’un réseau s’imposera à l’imaginaire collectif, appuyé par les nombreux inventaires ultérieurs.
Ainsi, avec l’achèvement de la période d’édification, Bonifacio se rend témoin dès 1620 de la naissance d’un idéal génois !